Comment la teinture végétale a changé ma vie 

Tout a commencé dans ma cuisine. Une casserole, un écheveau de laine et des feuilles de figuier du jardin, je pensais être le roi de la teinture végétale. Mais d’erreurs en bonnes surprises, les plantes tinctoriales m’ont peu à peu révélé leurs secrets. Retour sur mon initiation à la teinture naturelle . 

Des consoles de mixage à la teinture végétale 

Avant de lancer ma petite entreprise de fils à tricoter teints avec des plantes, j’étais un de ces types bizarres vêtus de noir que vous voyez courir dans tous les sens quand vous assistez à un concert ou une pièce de théâtre. J’étais technicien du spectacle et j’adorais mon métier.  Malgré cela, après presque 20 ans passés dans des salles sombres, j’ai eu envie de voir plus souvent la lumière du jour. Et surtout, de porter des vêtements colorés !C’est la lecture d’un livre trouvé par hasard chez un bouquiniste, le Précis de l’art de la teinture, de Jean Baptiste Dumas qui a bouleversé ma vie.  Ce chimiste réputé du XIX e siècle y parle de teinture à base de plantes en général, et de la coloration de la laine en particulier. Après quelques recherches complémentaires sur Internet, j’ai réalisé que j’avais une multitude de plantes tinctoriales dans mon jardin.  

Je pouvais donc fabriquer moi-même mes vêtements colorés grâce à la teinture végétale!

                     Edition originale du Précis de l’art de la teinture végétale sur l’étagère d’un bouquiniste.

                    L’édition de 1846 du Précis de l’art de la teinture trouvé chez un bouquiniste. 

Ayant à ma disposition de la pure laine vierge, je me suis immédiatement lancé dans ma première expérimentation de teinture végétale faite maison avec les feuilles de mon figuier.  Le résultat a été plutôt satisfaisant, les pigments naturels du figuier donnant une belle couleur ocre à ma pelote de laine. Cette première expérience de teinture avec des plantes m’a donné envie de tester d’autres choses. J’aimais beaucoup le côté “petit chimiste” du procédé, et les surprises que me réservait chaque bain de teinture.

Premières teintures naturelles : petites victoires et grands déboires 

J’ai cherché d'autres pigments végétaux en récoltant en priorité les plantes de mon propre jardin. Certains procédés de teinture étaient faciles à mettre en œuvre, même pour un novice en teinture éco-responsable comme moi.  En revanche, d’autres tests de coloration de la laine se sont avérés catastrophiques.

Une palette de coloris naturels monochromes 

Œillets d’Inde, pelures d’oignons, et fanes de carottes sont d’excellents ingrédients pour teindre naturellement les fibres textiles. Ils se trouvent facilement et m’ont permis de poursuivre rapidement mes expériences de teinture végétale dans ma cuisine. Le processus de coloration des fibres était assez simple et le résultat toujours spectaculaire avec ces plantes tinctoriales riches en pigments, mais... 

Mais je n’obtenais que du jaune.  

Jaune doré, jaune orangé, jaune-paille-qui-a-séché-au-soleil-en-été... J’adore la couleur du soleil, mais la diversité des colorants végétaux disponibles autour de moi me faisait espérer une palette de couleurs digne d’un tableau de Kandinsky ! 

 

   Pelotes de laine de différents jaunes obtenus grâce à la teinture végétale

   Mes premiers essais de teinture végétale : un camaïeu de jaunes  

Ces essais de teinture naturelle qui ont mal tourné 

Je me suis alors rappelé les cris horrifiés de ma mère lorsque, enfant, ma chemise blanche avait fait la rencontre d’une part de tarte aux myrtilles. Bon sang, c’était bien sûr ! Pour enrichir mon nuancier de couleurs naturelles, il me fallait diriger mes recherches en teinture végétale expérimentale vers ces fruits et légumes qui faisaient paniquer tout être humain portant du blanc ! J’ai immédiatement récolté betteraves et choux rouges, me réjouissant d’avance des sublimes couleurs dont se pareraient mes écheveaux de laine teints avec des plantes!

Évidemment, le résultat ne fut pas du tout à la hauteur de mes espérances et j’ai appris à mes dépens ce que signifiait ce fameux “grand teintque je voyais apparaître régulièrement sur les forums d’amateurs de teintures naturelles faites maison 

Persévérer et devenir teinturier-coloriste à temps plein 

Je ne me suis pas laissé abattre par ces expériences de teinture végétale ratées : je sentais au fond de moi que mon destin était lié aux plantes tinctoriales.  J’ai alors décidé d’aborder les processus de teinture naturelle de façon plus pragmatique.

J’ai commencé par me former sérieusement, m’imprégnant de l’histoire de la teinture et des processus de préparation des fils à adapter en fonction des plantes tinctoriales utilisées. J’ai poursuivi mes expériences de teintures végétales, d’abord dans ma cuisine en ville, puis dans ma grange-atelier après mon déménagement à la campagne. Enfin, j'ai noté scrupuleusement chaque recette de teinture et gardé un échantillon de chaque fil teint avec des pigments naturels, que le résultat soit probant ou non. 

A force de tests, j’ai pu maitriser de mieux en mieux les techniques de coloration des fibres naturelles, jusqu’à être suffisamment sûr de moi pour commencer à vendre ma laine teinte avec des plantes : Les Fils de Myrdhin était né ! 

Un dernier spectacle et puis s’en va... j’ai enfin pu dire au revoir à mes habits de travail tout noirs et vivre dans le monde coloré de la teinture végétale ! 

Aujourd’hui, je poursuis mes recherches et tente des bains de teinture un peu plus complexes, mais toujours éco-responsables Je teste également mes teintures végétales sur d’autres fibres naturelles, comme le mohair ou le coton, provenant dans la mesure du possible de fournisseurs locaux.